Les cordes sont très
loin de la touche. La touche elle-même est assez en hauteur de la table, ce qui
entraîne instinctivement de ma part une technique de jeu comparable à celle du
rebab arabo-andalou, du sharangui indien ou de la lyra grecque : on
n’appuie pas la pulpe du doigt sur la corde mais on la pousse avec l’ongle, ou
on la crochète, selon la corde sur laquelle on joue et sa distance avec sa
voisine.
La lyra a justement une forme
analogue à celle de cette vièle. Le rebab et le sharangui ont une table en
peau. Quelques points communs!
Nous prenons donc le parti de mettre une béquille sous le
pied du chevalet, comme pour la lyra. Et on est obligé de reconnaître, partisan
de l’âme ou pas, que le son et la facilité de jeu en sont très nettement augmentés.
Cependant, sur la sculpture, on ne
voit pas du tout de chevalet.
Bien que cela n’aparaisse pas sur
cette sculpture, même si ce procédé est fréquent ailleurs, les quatre cordes
ont été mises en chœur deux à deux ; cela permet d’avoir bien de l’espace au
milieu pour appuyer le milieu des ongles contre la corde du milieu-droit.
On l’accorde comme suit :
-les deux cordes du milieu : à l’unisson
-corde aigüe : une quinte
au-dessus
-corde grave : une quarte
au-dessous (donc à une octave
l’une de l’autre)
ce qui correspond à l’esprit des
accords préconisés par Jérôme de Moravie en 1270, et logique dans la théorie
des modes grégoriens.
Le chevalet étant plat -ici je joue la corde du milieu
avec son bourdon grave, ou la même mélodie sur l’autre corde du milieu avec son
bourdon aigu. Les cordes extrèmes peuvent toujours se jouer seules en inclinant
l’archet. On peut aussi poser les doigts à plat sur l’un ou l’autre des deux
couples de cordes sans trop appuyer. Ou bien avoir les quatre cordes en même
temps en jouant la mélodie au milieu, ce qui donne un son très riche en harmoniques,
qui n’est pas sans rappeler les résultats obtenus récemment avec la
« vièle en 8 »
(tenue au genou et dépourvue de touche - car table non
en peau ?) et l’organistrum.
D’ailleurs cette vièle est tenue
par le roi David et non un vulgaire jongleur.
Evelyne MOSERJanvier 2007
